Welcome to Montreal

Rennes, trois heures du matin, sous un abribus de la place de la République. Il faisait à peine sept ou huit degrés, et il se tenait là tranquille, en T-shirt. David est un Canadien, de Toronto. Au moins aussi bourré que moi, si ce n’est plus. Comme dans toute rencontre dans le centre de Rennes en pleine nuit de vendredi à samedi, le contact s’est fait naturellement. D’autant plus naturellement que quatre heures plus tard, je partais moi-même pour le Canada.

Je ne comptais pas vraiment m’arsouiller la tronche toute la nuit avant mon départ, mais on ne m’a pas vraiment laissé le choix. A moitié grippé, j’hésitais entre dormir chez des amis à Rennes avant de prendre mon train ou rester chez mes parents et me lever à cinq heures pour arriver à temps à la gare. Ce sont finalement mes potes qui ont décidé pour moi.

Dès 19h30, la soirée s’est improvisée selon les envies et les humeurs de chacun. Pas des miennes. Contraint forcé de suivre le rythme imposé, je me suis gavé de raclette, de bière et de vin, jusqu’à ce que l’envie prenne à certains de quitter l’appart et d’aller finir la soirée en ville. J’étais certes fatigué et malade mais putain j’étais content ! Le reste de la soirée (je pensais encore à ce moment que ça s’arrêterait là) s’est passé dans un excellent bar de nuit du centre ville. Jusqu’à trois heures donc, quand après trois tournées que je n’ai pas payées (faut pas déconner), on a décidé de rentrer. A partir de là, certains détails m’échappent mais je me souviens parfaitement avoir rencontré David à l’arrêt de bus.

A moins de quatre heures de mon départ pour le Canada, sous un arrêt de bus du centre-ville de Rennes, me voilà haleine de whisky à haleine de tequila nez à nez avec… un Canadien ! David est donc de Toronto, et s’est montré extrêmement jaloux de mon départ imminent vers sa terre natale. Bon joueur, il m’a toutefois filé moult plans, adresses et choses à faire une fois à Montréal. Bien sûr j’allais en oublier la moitié avant d’arriver, mais le geste a été fort apprécié.

La discussion bien engagée, David et son coloc’ français nous ont finalement accompagnés à l’appart pour nous aider à finir les bouteilles. Ils sont restés jusque 6h, avant que je prenne une rapide douche afin de feindre un semblant de fraîcheur au contrôle avant de monter dans l’avion.

Vers 6 h 30, jugeant le trajet en métro un peu juste, Alban, Pierre, Nico, Gildas et moi avons sauté dans la voiture d’Alban. Conducteur désigné car le moins bourré plus responsable d’entre nous, ce dernier a livré un combat sans merci au Code de la Route et après une victoire largement méritée, nous sommes arrivés à la gare avec une bonne marge d’avance.

Mes quatre copains en guise d’escorte, je n’avais plus qu’à monter dans mon train. Avec chacun un huitième de cerveau en état de marche (allez, un demi pour Alban), nous n’étions pas trop de cinq pour identifier le bon wagon. Après les dernières accolades et un dernier conseil bien avisé de Pierrot (« Et surtout, tu niques ! »), je m’affalai comme le zombie pas frais que j’étais dans mon siège, provoquant le regard amusé et interrogateur du mec assis en face de moi.

C’est le moment (idéal, il faut le reconnaître) qu’a choisi Gildas pour coller son gros cul nu à la vitre du train. Un salut d’une touchante générosité qui créa en moi en sentiment à mi-chemin entre la honte et l’hilarité. Hilarité manifestement partagée avec mon voisin de cabine, littéralement plié en deux.

Me voilà parti pour Paris, y choper le vol de 13h25. Fatigué et soul, je n’ai pas dormi dans le train ni dans l’aéroport. Je n’ai somnolé que quelques minutes dans l’avion, préférant débourrer pépouze devant un vieux film et de la bouffe sèche.

air-canada

See ya, motherfuckers !

Poutine Paradise

C’était un début d’après midi ensoleillé qui m’attendait à Montréal. Accueil sympa, si on oublie qu’il faisait déjà – 20 °C ! J’ai rejoins tant bien que mal le centre ville, où m’attendaient une vieille amie et son copain qui allaient m’héberger quelques nuits. Complètement sous équipé, je me suis laissé guidé dans une première visite de la ville. Mes vieilles baskets glissaient sur la neige et les trottoirs glacés tandis que mon jean trop fin ne pouvait pas stopper le froid cinglant qui attaquait mes mollets. Je n’étais plus soul et l’excitation de l’arrivée dans une ville nouvelle m’avait fait oublier ma fatigue, mais même le zombie amorphe que j’étais quelques heures auparavant aurait retrouvé toute sa verve pour lutter contre les températures.

Alors que la nuit tombait et que le froid s’intensifiait, mes hôtes m’ont conduit au festival Igloo Fest pour ma première soirée à Montréal. Ce festival de musique électro avait lieu sur le port, assez loin des stations de métro, refuges réguliers de mon après midi, et se déroulait en plein air.

Ainsi, après toute une journée de train et d’avion, après la bordée ramassée la veille, après le manque de sommeil supporté toute la journée et après les kilomètres parcourus à pied dans la neige de Montréal, je me suis tapé un quart d’heure de queue, immobile, dans le froid le plus intense que j’avais pu ressentir jusque là.

Montreal-froid

Bonjour l’accueil.

Je pensais que j’allais mourir sur place quand retentit cette douce musique à mes oreilles : « Une petite poutine ? »

A peine entré, la proposition de mes charmants hôtes résonna dans mon esprit à la manière des clairons sonnant la charge de l’armée du réconfort.

L’évocation de la poutine fit aussitôt remonter à ma mémoire un souvenir brouillé de David. Vingt-quatre heures plus tôt, le grand Canadien bourré, titubant dans la cuisine de l’appart rennais de mes potes, m’avait lancé, dans le fond des yeux gorgés de bière, « You should totally try a poutine ! It’s sooooo awesome ! » « C’est quoi ce truc ? » « Some kind of french fries with gravy and cheese ! ». Il me racontait ça alors qu’une traînée de bave coulait du coin gauche de sa bouche entr’ouverte. J’étais dans le même état que lui, et même si je ne visualisais pas vraiment ce dont il parlait, cela sonnait tout simplement le truc le plus incroyablement jouissif qui puisse arriver à un mec torché à quatre heures du mat.

A circonstance exceptionnelle, poutine exceptionnelle

Meurtri par le froid poignant qui régnait à Montréal, je sautais alors les deux pieds en avant sur l’occasion. Quel paradis fut la première bouchée de ce mélange de graisse ! La chaleur réconfortante de frites, mélangées grossièrement à la saveur d’une sauce épaisse créa un infini tourbillon de plaisir entre ma langue et mon palais, et chaque centimètre carré de ma bouche était bercé d’apaisement et d’amour. Le tout relevé par de petits cubes de fromage mous et tièdes, perdus dans une marrée de sauce tels des icebergs dans l’Atlantique nord. L’ensemble percuta mes papilles et je fondai sous la surprise. A mesure que je dévorais ce doux repas, mon tout premier en Amérique du nord, mon œsophage, puis mon estomac entamaient en chœur une symphonie romantique comme un remerciement et un par un, mes membres retrouvaient de la vigueur et je me sentais vivant de nouveau, prêt à enchaîner les shooters et repartir pour une soirée sans précédant dans les volutes glacées de mon nouveau pays.

Plus tard dans la semaine, l’occasion s’est représentée pour moi de déguster la spécialité québécoise. La première, mercredi soir, dans une chaîne de restauration de Montréal. La seconde, le samedi suivant, à Québec, dans une autre chaîne réputée pour proposer les meilleures poutines du Canada. Les deux fois, les poutines ingurgitées ne furent pour moi que de vastes assiettes trop riches de frites et de sauce avec la présence surprenante et inutile de cubes de Babybel passés au micro-onde.

Désormais, ma consommation de poutine se limitera aux circonstances exceptionnelles…

Poutine

Aussi écœurant qu’appétissant, ça dépend des circonstances.

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