Français vs Québécois

Ce jeudi 23 juin, mon voyage au Canada a une forte odeur de terminus. C’est en effet aujourd’hui que je quitte Sudbury, Ontario.

Je m’en retourne pour quelques jours à Montréal, Québec, avant de décoller dimanche soir pour Paris, France. Jeudi prochain, je poserai définitivement mes valises à Kerdu, Bretagne.

Cela fait aujourd’hui cinq mois et un jour que j’ai quitté mon pays natal pour m’en venir ici, au pays des tabernacles.

Aussi, il est maintenant temps de faire le bilan des points essentiels de mon voyage :

  • Onze semaines de stage et huit reportages réalisés pour ChoqFM à Montréal ;
  • Onze semaines de stage et 60 articles et chroniques écrits pour Le Voyageur à Sudbury.

Les plus attentifs noteront un certain déséquilibre…

Dans ce bilan, je ne compterai donc pas les éléments ridiculement insignifiants et sans intérêt, comme le nombre de hamburgers (42) ou de poutines (17) que j’ai mangés, le nombre de kilos venus s’accrocher à mes hanches (1 ou 2, je m’en sors bien) ou encore le nombre de dollars gaspillés, perdus, dépensés, investis dans l’achat de bière (euh… beaucoup).

Après ces cinq mois, je me rends compte qu’il y a un sujet que je n’ai pas beaucoup abordé sur ce blog : la langue. Le québécois ! Ou, dans des termes qui plaisent aux franco-ontariens : le canadien français !

Plus de deux mois et demi passés à Montréal m’ont introduit aux notions de base du québécois. Des notions qui en sont resté au stade fœtal car j’étais en grande majorité entouré de français adeptes des « putains » et autres « je prendrai bien un peu de baguette avec cette tranche de camembert ».

Ce n’est qu’à Sudbury, où immergé dans un bureau composé de trois Franco-ontariens, quatre Québécois et une Franco-néo-brunswickoise (une francophone du Nouveau-Brunswick, quoi), que j’ai enfin pu faire évoluer mes notions fœtales vers un bilinguisme nouveau-né.

Quel meilleur moyen de clôturer ce chapitre canadien si ce n’est en exposant les différences de parler entre le français et le québécois ?

Après avoir été accueilli plus de cinq mois par un Canada aussi froid que chaleureux, et par des Canadiens aussi gentils qu’accueillants, c’est un honneur pour moi de faire respecter les beautés et les subtilités de leur langue absurde unique.

Les beautés du québécois

Il existe au Québec et au Canada francophone une tournure interrogative qui représente à elle seule l’entité poétique de cette langue d’outre-Atlantique. Je l’ai habilement baptisée : « le tutu ».

Cet exercice consiste en fait à ajouter le pronom « tu » à la fin d’une question, de la manière suivante : « Tu viens-tu ? ».

Expression rigolote et légère s’il en est, elle s’applique à tous les verbes (« tu manges-tu ? », « tu dors-tu ? »), se conjugue au pluriel (« vous voyez-tu ? ») et s’adapte même aux questions indirectes (« il est-tu cave ? », « on s’voit-tu à soir ? »).

Les subtilités du québécois

Je ne vais pas ici épiloguer sur les milliers de subtilités qui différencient le français et le québécois. Laissez-moi simplement lister celles qui sont les plus marquantes. Et permettez-moi également cette audace de les qualifier de « mignonnes ».

Il faudra au Français exilé au Canada un temps d’adaptation à la hiérarchie des repas. En France, il y a le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner. Au Canada ils deviennent respectivement déjeuner, dîner et souper.

Le tutoiement est très facile et rapide au Canada, peu importent la condition sociale et l’âge des interlocuteurs. Mais de manière contradictoire, le s’il-vous-plaît est quasi systématiquement préféré au s’il-te-plaît.

Enfin, autre subtilité amusante : l’emploi du pluriel pour désigner ta maison. « J’men va chez nous », « il est chez eux », « t’es encore chez vous ? ». Même si tu habites seul dans un carton, ce sera « chez vous ».

Les trucs moches du québécois

Je ne serais pas tout à fait objectif si je ne parlais pas des incongruités du canadien français. Incongruités à l’oreille des Français, j’entends bien.

Je n’en nommerai que trois.

  • Premièrement, la quantification de l’adverbe « pire » : « c’est pas si pire » n’a eu de cesse de m’écorcher l’ouïe pendant ces cinq mois. Et en démon diabolique qu’est cette expression, elle est la toute première que ma bouche ait maîtrisée, sans même que je m’en rende compte.
  • Le deuxième truc moche, c’est la fâcheuse tendance des Canadiens français à utiliser « malgré que ». Seulement à l’oral cela dit.
  • Et le troisième, c’est l’absence totale de respect de la règle des pluriels en –aux. Mais là encore, ces trucs spécials ne sont entendus qu’à l’oral. Jamais lus à l’écrit.

Les trucs du quotidien québécois

Ce que vous avez besoin de savoir si vous voulez survivre une journée au Québec :

  • « Allô », en l’absence de téléphone, veut dire « bonjour ».
  • « Bonjour », une fois sur deux, veut dire « au revoir ». (Et après cinq mois je n’arrive toujours pas à m’y faire)
  • « Bienvenue », s’il est prononcé après « merci », signifie « pas de quoi ». De même que « pas d’trouble ».
  • « T’es tu correct ? » signifie « ça va bien ? »
  • Un char, c’est une voiture. Et ça ne se conduit pas, ça se « chauffe ».
  • Les feux tricolores sont ici des lumières (ce qui est bien plus censé).
  • L’hiver, tu mets ta tuque (bonnet), ton foulard (écharpe) et tes mitaines (gants).
  • Au McDo, ton menu est accompagné d’un breuvage.
  • Dring dring, c’est ton cellulaire qui sonne.
  • Ton copain devient ton chum, et ta copine devient ta blonde (même si elle est chauve)

Etc, etc.… Il y en a beaucoup et je ne compte va pas y passer trois heures, je préfère largement me concentrer sur la catégorie suivante, la plus intéressante de toutes :

Les gros mots québécois

Qui n’a pas commencé l’apprentissage d’une nouvelle langue par la traduction de « merde » et d’ « enculé » ?

Pour le québécois, c’est la même règle, sauf que c’est beaucoup plus marrant !

En France, les gros mots viennent des tabous du sexe et des déjections. C’est dégueulasse, mais c’est ce qui explique que « bordel », « putain » ou « suceur de pompe à chiottes » soient entendus dans les cours des écoles primaires.

Au Canada, c’est la religion qui est taboue. Aussi, « calice », « christ » et « tabernacle » ne sont pas des mots à apprendre aux enfants (bien qu’ils soient eux aussi entendus dans les cours des écoles primaires).

Si à Montréal je vivais dans une maison avec neuf autres Français, la population française de Sudbury atteint, à ma connaissance, cinq personnes, moi compris (dont deux Bretons).

Aussi, je n’ai eu que très rarement (si ce n’est jamais) l’occasion d’échanger quelques « putain », « chiottes », ou « en***é de sal***s en manque de b**e » avec des compatriotes. Et progressivement, sous l’influence de mes fréquentations au bureau, l’emploi de « tabarnak », « chriss » et surtout de « câolice » est devenu chez moi de plus en plus régulier.

Utiliser un gros mot québécois pour manifester une humeur n’est pas en soi très compliqué : ils s’emploient tous dans à peu près toutes les circonstances.

Ce qui est difficile, c’est de les enchaîner de manière à exprimer efficacement et objectivement ton ressenti. « Hostie d’câlice de Saint-Ciboire ! ». En fait, plus tu rajoutes de gros mots à ta phrase, plus ta grand-mère aura envie de te laver la bouche avec du savon. « Tabarnak de câlice de chriss d’hostie de tabarnak de ciboire ! » Le double emploi d’un même juron dans la même phrase est aussi quelque chose de possible, mais c’est violent.

De mon côté, j’ai du mal avec ces enchaînements. Souvent, je crois en tenir un bon, mais à chaque fois mes collègues sont heureux de corriger mes « hostie d’taberouette de câlice », jugeant l’enchaînement inefficace ou l’intonation des syllabes peu appropriée.

Alors, pour me consoler, je jure à la française. Et les autres se marrent, parce qu’ils trouvent ça bizarre.

J’ai tout de même trouvé un compromis à mes lacunes dans l’enchaînement des jurons : l’alternance français-québécois. « Enculé de tabarnak de salope d’hostie de brosse à chiotte de calice ! ». Cela a le double avantage de m’orienter progressivement vers la maîtrise parfaite des gros mots du Canada et de ne pas être compris des Franco-canadiens, qui ne peuvent donc pas se foutre de ma gueule parce que je jure mal.

 

Juste pour le plaisir, voici ce que donne un Québécois quand il est énervé.

Beaucoup mois poétique (à mon goût) qu’un Français qui maîtrise ses injures :

 

Enfin, si certains de mes lecteurs français veulent apprendre à jurer comme de vrais québécois, je recommande pour la théorie cet extrait du film Bon cop bad cop :

Et pour la pratique, vous pouvez vous amuser à répéter les superbes tirades du Batman québécois qui habite dans ce lien.

 

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