Livin’ in da Bronx

Dans tout voyage, l’une des premières questions à régler, après celle du stage et du billet d’avion, c’est le logement. Car l’Homme, grosse feignasse qu’il est, n’a pas l’esprit tranquille tant qu’il ne sait pas où il va passer la nuit. Comme d’hab’ ou presque, j’ai finalisé cette question trois heures avant mon départ. En visitant le site airbnb.fr, j’ai réussi au dernier moment à réserver une chambre, dans une colocation à bon prix… en plein Bronx ! Ainsi, à 25 ans et des poussières, je peux désormais me vanter d’avoir survécu à d’hostiles conditions de vie, luttant dans le monde misérable des marginaux rebus de la société, échappant de peu à une adolescence décadente, à la délinquance juvénile et au trafic de drogue.

I lived in da Bronx, nigga !

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© James Bow Collection

Vivre dans le Bronx, c’est te sentir, pour la première fois de ta vie, en minorité visible. Chercher le regard compréhensif d’un Blanc, perdu, comme toi, entre Noirs et Latinos dans un métro qui s’enfonce dans un Bronx de plus en plus foncé. Mais vivre dans le Bronx, c’est réaliser que la couleur n’a pas plus d’importance que le look, et oublier dès le troisième jour que t’es le seul Blanc à un kilomètre à la ronde. Et que même si tu mettais des chaussettes Marsupilami avec des sandales, personne ne le remarquerait.

Vivre dans le Bronx, c’est ne pas comprendre les gens qui te parlent dans la rue avec leurs gros accents d’Américains.

Vivre dans le Bronx, c’est toujours trouver ce dont tu as besoin, même si des fois ça n’a pas l’air très légal.

Vivre dans le Bronx, c’est soupçonner les mecs au volant des grosses bagnoles de luxe d’être des magnats de la drogue. Un peu comme dans le 9-3.

Vivre dans le Bronx, c’est admirer un mec en costard premier prix, au volant de sa Prius, probablement en route vers un taf mal payé à Manhattan alors qu’il vient de déposer ses quatre gosses à l’école après s’être engueulé avec sa femme enceinte du cinquième et qui te laisse t’engager sur ton passage piéton en te faisant un sourire fatigué.

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© Tina Fineberg/New York Times

Vivre dans le Bronx, c’est flipper et longer le mur quand la nuit, tu croises sur un trottoir vide un grand black bodybuildé d’1,95m, marcel blanc, chaîne en or et lunettes de soleil. Mais qui en fait, non, n’en a rien à foutre de ta gueule de touriste.

Vivre dans le Bronx, c’est ne pas dormir de la nuit le jour de la fête nationale du Porto Rico.

Vivre dans le Bronx, c’est ne pas comprendre pourquoi les fiestas des Latinos qui vivent dans ta rue commencent toujours le dimanche soir à 22 heures.

Vivre dans le Bronx, c’est aller à la laverie les poches pleines de quarters* et avoir l’impression atterrir à Mexico.

Vivre dans le Bronx, c’est regretter de pas avoir pris espagnol en 4e.

Vivre dans le Bronx, c’est partager un appart dégueulasse de 50 m² dans un immeuble miteux avec un Américain, un Nigérien, un Haïtien, un Jamaïcain, un Italien, un Moldave, un Kazakhe et deux Ukrainiens.

Vivre dans le Bronx, c’est croiser ton coloc ukrainien tout petit, tout blanc et tout maigre en slip kangourou dans la cuisine à 7h45 le matin.

Vivre dans le Bronx, c’est vouloir connaître l’équivalent de « Tu voudrais pas mettre un pantalon ? » en russe.

Vivre dans le Bronx, c’est monter sur ton rooftop avec ce même coloc ukrainien en rentrant de soirée et regarder la vue sur Manhattan sans rien dire.

Vivre dans le Bronx, c’est rentrer à 2h du mat’, en pleine canicule, et t’amuser de voir les gamins s’éclater dans les jets d’eau des bouches d’incendie défoncées. Comme dans les films.

Vivre dans le Bronx, c’est repartir au taf le matin à 8h30 et voir d’autres gamins jouer dans les mêmes jets d’eau des mêmes bouches d’incendie défoncées. Comme dans les films.

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© Mario Tama/Gerry Images 

Vivre dans le Bronx, c’est marcher dans la rue sans tes écouteurs, pour profiter au maximum de ces bruits mythiques qui font la beauté de New York.

Enfin, vivre dans le Bronx, c’est croire que tu vas te reconnaître dans The We and the I, le dernier film de Michel Gondry, mais que en fait ben non, forcément, t’es resté là qu’un mois en touriste et tu passais tout ton temps à Manhattan.

*Des pièces de 25 cents, indispensables car les seules acceptées par les machines.

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