Lettre au connard qui a volé mon passeport

Cher monsieur,

Vous m’avez volé mon passeport, sans doute une maladresse.

Ça ne va pas. Je ne sais pas si vous êtes un homme ou une femme. Même si, sans vraiment savoir pourquoi, je vous imagine un homme, comme si la société continuait de m’imposer une image de la femme encore trop pure et naïve pour qu’elle puisse commettre tel forfait. Mais nous sommes à l’heure de la parité.

 

Madame, monsieur,

Vous m’avez volé mon passeport. Vous n’avez surement pas fait attention, mais cette petite maladresse ne m’a pas rendu service.

Ça ne va pas non plus. Pourquoi cette présomption d’innocence ? Cela vient sans doute de mon éducation, imbue d’un catholicisme latent, bien que mes parents ne fussent pas spécialement croyants, encore moins pratiquants. Et pourtant, grandir dans le centre Bretagne et accompagner mes grands-parents à la messe le dimanche matin m’a laissé cet héritage, cette propension à respecter autrui, à lui laisser le bénéfice du doute et à lui accorder ma clémence. Louable, sans aucun doute, mais pas toujours efficace. La preuve : je suis sûr que vous m’avez volé mon passeport, et tout le contenu de ma poche intérieure gauche avec lui. Ce qui comprend un lecteur mp3, un plan de métro de Paris et la facture d’un fauteuil de bureau acheté chez Conforama. Vous n’avez laissé qu’un stylo bleu en parfait état de marche, qui soit dit en passant vous aurait été beaucoup plus utile que la facture. Alors non, le temps de cette lettre, je vais oublier mon patrimoine moral et vous accuser directement.

 

Bonjour,

Vous avez volé mon passeport, intentionnellement. En sachant parfaitement que ça me créerait des problèmes.

C’est mieux, mais quelque chose me gêne. Je n’ai pas envie de vous vouvoyer. Il ne me semble pas que vous méritiez tel égard de ma part. Je me dois d’ailleurs de vous avouer, pardon, de t’avouer que j’ai du mal à t’imaginer plus vieux que moi. Ou alors de quelques années seulement. Je te vois plutôt comme un jeune paltoquet qui a saisi une opportunité. Cleptomanie ? Besoin d’adrénaline ? Appartenance à un gang ? Qu’importe, tu as repéré un manteau oublié, et plutôt que de le laisser là ou de l’apporter au bar, tu en as vidé les poches. Sans te soucier de ce que deviendrait son propriétaire. Ton manque de respect ne mérite pas le mien.

 

Meuf, mec,

Tu m’as chouré mon passeport. Franchement, c’est pas cool.

Ah ça commence à être plus facile. Mais en fait je suis sûr que t’es un mec. Genre un petit con. Tu sais, le genre de jeune homme qui se targue de respecter autrui wesh c’est important d’aimer son prochain sauf que là ton frère est en zonzon tu comprends, pas le choix, obligé de faire les poches des teubés qui laissent leurs manteaux à la vue de tous dans la salle d’un bar bondé un samedi soir. Sauf que pour ma défense, la salle était privatisée pour l’annif de mon coloc jusque minuit. Oui, bon, ça n’excuse rien. Après, qu’est ce que mon passeport faisait dans mon manteau ? Surtout cinq jours avant de partir en Grèce et alors que ma carte d’identité était périmée ? Limite je méritais de me le faire tirer. Enfin ça ne justifie pas le vol pour autant.

 

Connard,

Alors comme ça tu choures des passeports ? T’es vraiment une merde.

Je suis sur en plus que c’est toi qui m’a agressé. Si, si, quand je cherchais maladroitement un indice m’indiquant dans quelle direction mon lecteur mp3 et mon passeport avaient pu se faire la malle. Je tournais comme un idiot entre une table basse et une banquette et tu m’as interpellé à la manière du gros con que tu es :

– Hey, toi ! Parle pas à ma meuf. Ma meuf là, tu lui parles pas. Même pas tu la regardes. Elle et sa copine à côté, tu les regardes même pas enculé.
– Ah bonjour. Il fait beau pour la saison vous trouvez pas ?
– Mec j’suis sérieux ma meuf tu la regardes pas !

A peine ai-je eu le temps de recentrer mon attention sur quelque chose d’utile que tu revenais à la charge, m’attrapant violemment par le cou pour abaisser mon oreille au niveau de ta bouche, qui frôlait difficilement le mètre cinquante.

– Mec, ce que t’as fait là c’est pas cool. Tu vas t’excuser auprès de ma meuf tout de suite.
– Du calme, on m’a volé des affaires, je regarde juste si elles ne sont pas par là. Ta nana je l’ai même pas vue.
– Ecoute, je sors de trois ans de prison là et j’ai vraiment pas envie de te taper. Alors tu t’excuses, ce que t’as fait c’est un manque de respect.
– Je ne lui ai pas parlé à ta copine.
– Je te dis mon gars j’ai pas envie de te taper mais si tu t’excuses pas je vais être obligé.

Rapide topo de la situation. Tu fais trente centimètres de moins que moi. Tu ressembles à un petit chien énervé. D’ailleurs tu aboies. A trois mètres de nous se trouve un videur de 2 mètres de haut et 130 kilos. Tu ne me fais pas peur, mais si tu me frappes on se fait virer tous les deux. Je n’ai pas envie de me faire virer d’un bar le jour où mon coloc y fête son anniversaire. Et je me sens mal pour ta copine, la pauvre.
Je m’arme donc d’un regard et d’un sourire compréhensifs et dis à ta copine que je suis désolé, quoique j’ai pu lui faire ou lui dire, je ne voulais bien sûr pas lui faire de mal.

– QUOI ?! Moi j’suis une teupu moi ? Tu me traites de teupu mon gars tu t’es regardé ? Nan mais va te faire enculer gros pédé ! C’est toi la teupu j’vais te buter moi mon gars.

Mais pourquoi s’emmerder à respecter les gens ?

 

Enculé,

Tu as volé mon passeport. Je te chie dessus.

Cordialement.

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