Festival du Bout du Monde, jour 1.

Chroniques d’un festivalier au Bout du Monde

Vendredi.

Le bruit vif du gaz qui s’échappe de la canette de bière est un bruit qui donne soif. Tout particulièrement à onze heures du matin, à l’arrière d’une Peugeot 308 lancée à pleines boules direction Crozon et le Festival du Bout du Monde.

On était partis depuis moins d’une heure et mes ongles s’enfonçaient déjà sous la languette de ma première bière. Aux bruits mêlés de l’opercule qui se déchirait et du gaz qui se libérait succédait celui, léger, d’un flot de mousse qui envahissait sans sommation le haut de ma canette. J’aspirais la mousse avant d’en foutre plein la bagnole, et Fanchou faisait exactement la même chose sur le siège passager.

« J’ai pris mes précautions, je l’ai mise dans ma bouche »
dit Fanchou.

« That’s what she said ! »
répondis-je, joyeux.

Je ne savais pas encore que je lâchais là mon seul that’s what she said du weekend, mais je savais que quoi qu’il arrive, c’était le plus beau. Deux heures trente plus tard, on posait enfin nos sacs et nos tentes au cœur d’un camping encore naissant. Premier concert dans deux heures.

« On monte le camp et on prend l’apéro ? »
proposais-je en ouvrant une nouvelle canette.

 

GORAN BREGOVIC

Notre bande de festivaliers s’est agrandie petit à petit jusqu’à atteindre une grosse quinzaine de personnes. A mesure que notre campement grandissait, les parties de tarot se succédaient, et les stocks de bière et de pâté Hénaff diminuaient.

Pris en tenaille par l’apéro, je ne suis pas entré sur le site avant le concert de Goran Bregovic, à 18h45. On s’est trouvé loin de la scène, mais ça restait une belle entrée en matière.

Goran Bregovic au Festival du Bout du Monde

Déjà du monde dans la prairie © ElCojano

Musique – 7/10

Pas de surprise, c’est du Goran. Ça bouge, ça chante, ça gigote. C’est pas toujours très subtil mais ça fout la patate. Boum boum kalachnikov.

Ambiance – 7/10

On était assez loin du pogo mais tout de même au milieu de la foule. Belle communion entre les musiciens et le public. Impossible de résister à l’envie de se dandiner et de crier.

Fait marquant du concert

Les textos du tonton, caché quelque part dans la foule :

Tes devant

A gauche de la sono

Tas un slip jaune

Oui et des chaussettes rouges

A 3 leve les bras

Suis a 3 m de la blonde en string jaune

Total 14/20

 

Après le concert, j’ai accompagné un pote revendre une place en rab à la copine d’un autre pote qui venait d’arriver. La rencontre et la transaction ont pris du temps. Tant pis pour Txarango et Yasmine Hamdan, je ne suis revenu sur le site que pour entendre un bout du concert de Bernard Lavilliers, qui a perdu une occasion de la boucler quand il a déclaré un truc du style :

J’adore venir au Festival du Bout du Monde. Déjà pour son nom, « le bout du monde », c’est swag. Et pour son ambiance. Ça se la pète pas ici, pas comme ailleurs, aux Vieilles Charrues par exemple, hein, bon tu vois c’que j’veux dire quoi.

Je ne suis pas un grand fan de chanson française, alors j’ai été remplir mon gobelet et continuer l’apéro au camping. Sans la moindre considération pour ma batterie déjà trop faible, ma mère m’a envoyé une photo de Bernard dans un MMS qui signifiait en réalité : « On est devant, tavu. »

Bernard Lavilliers Festival du Bout du Monde

© Maman

HYPNOTIC BRASS ENSEMBLE

Il fait déjà nuit lorsque j’entre pour la première fois sous le Chapiteau de Seb. Je reste à la limite extérieure avec un pote qui a le genou en vrac. Beaucoup de mouvement devant. Sur scène, une incroyable section de cuivres. Un truc de dingo !

Hypnotic Brass Ensemble au Festival du Bout du Monde

© Alexandre Péan – An Tour Tan

Musique – 7/10

Hypnotic Brass Ensemble au Festival du Bout du Monde

Merde, mec, mais ta gueule ! © Alexandre Péan – An Tour Tan

Un concert à deux visages. Les cuivres seuls, c’est purement génial. Musical et puissant. Chaloupé et entraînant. Quand les èmecis se mettent à rapper, c’est de la soupe tiède. Ça ne va pas ensemble. Ça gâche tout. Dommage, vraiment dommage, ça aurait pu être la découverte de l’été.

Ambiance – 8/10

J’aime bien les concerts sous le chapiteau. C’est confiné et chaleureux. Quand l’artiste est posé, l’atmosphère est tranquille. Quand le groupe envoie du steak, le public est en feu. L’endroit favorise la symbiose. Lors des meilleurs concerts, le Chapiteau de Seb devient un monde à part, un endroit perdu dans le temps et dans l’espace, où n’existent plus ni régie, ni musiciens, ni public. Juste un concert. Juste un moment. Là, malgré un son semi-plaisant, l’ambiance était très cool.

Fait marquant

Au beau milieu du concert, une averse violente et soudaine a poussé les deux millions de personnes qui étaient à l’extérieur du chapiteau à se réfugier sous la toile. Tous en même temps, sinon c’est pas drôle.

Total : 15/20

THE WAILERS

Fin du concert d’Hypnotic Brass Band. J’ai bu trop de bière, je vais pisser et mes potes en profitent pour se barrer sans moi devant la grande scène. Evidemment, je n’ai plus qu’un pour cent de batterie. En remontant, seul, je reçois un texto bien malin, « T’es ou ? », que j’ai à peine le temps de lire avant d’observer mon portable tomber dans un coma profond. Je me promets que si je perds encore mes potes, plutôt que de leur demander où ils sont, je leur dirais où je suis.

Musique – 5/10

Au début, ils ont fait une reprise de Bob Marley, ça faisait plaisir. Ensuite, une reprise de Bob Marley, c’était sympa. Puis une reprise de Bob Marley. Au bout de la sixième reprise de Bob Marley, je me suis souvenu que je n’aime pas Bob Marley.

The Wailers au Festival du Bout du Monde

Ceci n’est pas Bob Marley. © Sylvain Bernier – An Tour Tan

Ambiance – 5/10

Les pauvres, il pleuvait sa maman. Je me suis barré avant la fin.

Fait marquant du concert

Arrivé au campement, vide à ma grande déception, je me suis endormi sur la paillasse installée sous la bâche tendue entre les tentes, pendant que la pluie martelait mon toit de fortune et que résonnait au loin une énième reprise de Bob Marley.

Total – 10/20

Le public du Festival du Bout du Monde

Ça ne se voit pas là mais il pleuvait dru. © Sylvain Bernier – An Tour Tan

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2 réflexions sur “Festival du Bout du Monde, jour 1.

  1. Qui n’aime pas Bob Marley?! Il était pourtant bien cool le concert de The Wailers. Pas un mot sur Jolly Boys ni sur Txarango…

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