Festival du Bout du Monde, jour 3 (1/2)

Chroniques d’un festivalier au Bout du Monde

Dimanche, partie 1.

Les jours se suivent et se ressemblent. Réveil. Mal de crâne. Gémissement. Petit-déj hésitant. Citation de Kad et O. Sourires. Canette de bière tiède. Citation de Dikkenek. Rires. Grosse patate. C’est reparti.

La queue aux toilettes est tellement longue que les filles tirent la tronche et que les mecs viennent pisser contre le grillage du camping, juste derrière ma tente. Miraculeusement, les odeurs ne restent pas. C’est le bruit qui dérange. Le bruit d’un ivrogne, déséquilibré par une vessie trop pleine, titubant entre les fils tendus et les sardines. Le bruit d’un poivrot qui bouscule ta tente en jurant. Le bruit d’un soiffard qui s’excuse à la manière d’un soiffard : « Oups… Pardon. Si. Que. Si quelqu’un est dans la tente, désolé de l’avoir bousculée et de vous avoir réveillés. Si y a personne, alors je parle tout seul. Si vous dormez encore, bonne nuit. Enfin non il fait jour. Hey il fait jouuuuur ! Allez debout les filles il fait jour ! Putain je suis soul. Bon je vais pisser. » Et enfin, le bruit d’un long jet de pisse qui s’écrase sur une terre trop humide pour l’absorber.

Festival du Bout du Monde, les joies du camping

Cet article est dédié à ce mec et ses 71 semblables © Fanchou

Les toilettes à un festival, c’est un chemin de croix. À chaque fois que quelqu’un part avec un rouleau de PQ, tu sais que tu ne le reverras pas avant une ou deux heures. Tout le monde, comme par hasard, a envie en même temps. Et tout le monde, pour se venger de la queue qu’il vient de subir, prend tout son temps et profite de chiottes étroites, sombres, mal isolées et sales avec un certain plaisir sadique. Dans la queue, tu maudis le mec dans sa cabine et lance des regards méfiants et menaçants à ceux qui sont devant toi. Aller chier à un festival, c’est apprendre à détester tes semblables. Les toilettes à un festival, il faut y aller quand tu es bourré.

Quand tu n’es pas bourré à un festival, en général, c’est le matin. Le dimanche matin au Festival du Bout du Monde, il y a un concours de déguisement. On n’y a pas été. Dommage, je pense qu’avec son swag, Luigi avait toutes ses chances. L’année prochaine, promis, je le gagne.

Déguisements au Festival du Bout du Monde

Y en avait quand même des bons. © Nicolas Le Gruiec

 

Des très très bons. © Nicolas Le Gruiec

Des très très bons. © Nicolas Le Gruiec

DHAFER YOUSSEF

J’ai sauté l’apéro ce dimanche, car je voulais avoir tous mes sens en éveil pour le concert de Dhafer Youssef. Depuis que je l’ai découvert, j’ai écouté « Les Ondes Orientales » environ 3 850 fois et visionné son dernier concert, « Birds Requiem », près de 730 fois sur YouTube. Autant dire que l’attente était grande.

Musique – 250/10

Du génie. Une voix incroyable et des musiciens virtuoses. Le gars réussit à intégrer sa musique traditionnelle tunisienne aux musicalités du jazz d’impro. A moins que ce ne soit l’inverse. Le schéma est presque toujours le même : il chante, joue du oud, puis ses musiciens exécutent une mélodie plus ou moins trad avant de se laisser aller, tour à tour, à de superbes impros. C’est doux, c’est émouvant, c’est puissant, c’est mélodieux. Tout à la suite et tout à la fois. La grosse claque.

dhafer-youssef-(c)-Sylvain-Bernier

© Sylvain Bernier – An Tour Tan

Son concert, je le connaissais presque par cœur, mais c’est la première fois que je le voyais en live. J’étais tellement ému que j’en ai oublié d’être déçu. Ils n’étaient que cinq sur scène, et je l’avais en effet visionné à sept, avec une clarinette et un qanûn qui ajoutaient beaucoup de corps à l’ensemble. Et au piano, même si Kristjan Randalu est très fort, je préfère le style (et la coiffure) de Tigran Hamasyan, son précédent pianiste. (Après, je dis ça, c’est surtout pour me la péter un peu.)

La virtuosité capillaire de Tigran Hamasyan.

Ambiance – 10/10

Pour la deuxième fois du festival, j’ai senti le Chapiteau de Seb s’élever dans les airs et atteindre un endroit d’où on ne peut s’échapper. J’étais hypnotisé par la musique, et je sentais les quelques milliers de personnes autour de moi perdues dans le même océan de sensations.

© Sylvain Bernier - An Tour Tan

© Sylvain Bernier – An Tour Tan

Fait marquant du concert

En plein milieu du concert, alors que j’encaisse en pleine gueule l’intensité d’un moment que j’attends depuis des années, Steph, la nouvelle copine de mon Pierrot que je voyais pour la première fois, se retourne vers moi et remarque que je suis au bord des larmes. Elle m’attrape la main et me regarde avec un grand sourire qui signifie « Merci Loulou, c’est purement génial ».

Total : 260/20

 

THE CUP SONG

Juste à la fin du concert, je remarque Tonton et Tata devant la scène et les rejoins. De fil en aiguille, on se retrouve à boire un coup sur une table et sommes vite retrouvés par une partie de la tribu Cojano : papa, maman, Frangine, Cousin, Cousine 1, Beau-Cousin et aussi tout un tas de leurs potes. Toujours enthousiaste à l’idée de tester un nouveau truc de hippie, mon jeune cousin (dont la volonté de ne pas boire d’alcool remet en cause la légitimité de son sang) décide de nous apprendre à faire danser nos gobelets. Taper dans ses mains, puis sur la table, puis sur un gobelet que tu passes à ton voisin, et ainsi de suite.

L’exercice a duré qwasiment tout le temps du concert de Maxime Le Forestier. Juste assez pour devenir bien balèzes.

Wesh la famille.

Les forces en présence

Cousin – 9/10

Le meneur de jeu. Infatigable. Il dispose d’une force et d’une ressource inépuisables qui lui permettent de toujours donner le meilleur de lui-même. Il montre la voix. Il sait soulever ses partenaires tout en déstabilisant ses adversaires. Une force indispensable à l’équipe.

Cousine 1 – 8/10

La sentinelle. Belle performance. Sa capacité à poser le jeu et recadrer ses collègues a fait le plus grand bien lorsque l’équipe se dissipait. Elle est parvenue à suivre le rythme, sauf en toute fin de match, où l’urgence a fini par la pousser à la faute.

Frangine – 4/10

Le feu follet. De la volonté, mais une concentration trop aléatoire. A beaucoup tenté, a continuellement essayé de se remettre dans le rythme, mais a trop souvent perdu le fil. Son rire sonore et contagieux a toutefois participé à détendre l’atmosphère.

Beau-cousin – 3/10

Le nonchalant. Deux ou trois petits mouvements lui ont suffit pour démontrer son talent, puis il a disparu de la circulation. Pas concerné. Un manque de volonté qui aurait pu être dramatique pour le collectif.

Tata – 1/10

La titulaire surprise. Grosse déception. A contretemps dès le début de la partie, elle n’a jamais réussi à s’imposer et s’est trop vite laissé dépasser par les événements. A lâchement tenté d’abandonner la partie avant qu’un éclair de lucidité la renvoie sur le terrain, malheureusement comme spectatrice.

Pote de cousin – 9/10

La force tranquille. Serein. Jamais dépassé, toujours concentré. Une performance quasi parfaite. Ne lui manque plus que le petit brin de folie qui ferait de lui un très grand joueur.

Pote de cousine – 2/10

La jeune recrue. Récompensée pour ses bonnes performances à l’entraînement, elle s’est trouvée complètement dépassée par les événements. Paniquée, elle a cavalé sans comprendre ce qui lui arrivait, mais a eu le mérite de ne jamais abandonner. A failli déstabiliser ses coéquipiers en hurlant au désespoir « J’suis perdue, j’suis perduuuue ! » en cours de jeu.

El Cojano – 10/10

Le buteur. La star de l’équipe. Quel sens du placement ! Techniquement au dessus, il a parfaitement pris part au dispositif du jeu. Grâce à sa vision et à sa maturité, c’est lui qui a poussé son équipe vers la victoire. Capable de jouer et boire en même temps. La grande classe.

Non-entrés en jeu

Papa

« J’ai mal au genou. »

Tonton

« Je me suis fait piquer par une bête. »

Maman

« Attends, je filme. »

Cousine 2 a par ailleurs été disqualifiée de la famille en raison de son absence au meilleur moment.

(Photo une © Sylvain Bernier)

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