Faux départ

Avoir vingt-huit ans paraît horrible. Vraiment horrible. D’une si horrible et cauchemardesque monstruosité qu’on ne souhaite avoir vingt-huit ans qu’à partir du moment où on en a vingt-neuf.

Déjà, à vingt-six ans, j’avais peur d’avoir vingt-huit ans. La faute à une amie d’ami de neveu de demi-frère de cousin, de plusieurs années ma cadette, qui m’avait affirmé joyeusement, un soir d’hiver, dans un bar centre-breton où j’aime retrouver mes ouailles du collège, et alors que je me préparais psychologiquement à mon prochain anniversaire, que :

Vingt-sept ans ça va ! C’est la dernière année qui sonne encore jeune. »

Elle n’avait pas tort.

A vingt-huit ans, tu pénètres dans une faille temporelle à durée indéterminée, pendant laquelle toute reconnaissance n’est plus qu’un fantasme. Les jeunes te voient vieux, et les vieux te voient jeune.

Ainsi, bien que tu sois en pleine force de l’âge, rentrer d’une crémaillère soûl et souriant avec le premier métro te vaut, de la part de tes cadets, les mêmes regards étonnés et admiratifs que ceux lancés à ces octogénaires qui terminent un marathon.

Et bien que tu aies un travail et paies des impôts, rentrer d’une crémaillère soûl et souriant avec le premier métro te vaut, de la part de tes aînés, les mêmes regards de mépris que ceux lancés à ces ados boutonneux, insouciants et inutiles, qui zonent, la voix éraillée et crapotant sous la capuche de leur sweater, devant les escaliers mécaniques du centre commercial.

Alors, comme tu sais que tu ne peux pas revenir en arrière, tu comptes les cheveux blancs qui ornent tes tempes. Tu es impatient de les voir se multiplier car, bien qu’ils poussent parfois à la boutade, ils inspirent le respect des plus âgés, l’admiration des plus jeunes et t’autorisent à élargir ta fourchette de péchotage.

Tu te convaincs que vingt-huit ans, c’est un moment où ton expérience se légitime. Où tu peux dire « quand j’avais ton âge », où tu peux expliquer à ton coloc qu’il trie ses déchets comme un mec de droite, où tu peux assortir tes rideaux au papier peint sans passer pour un homosexuel et où tu te fais du pognon.

Mais rien n’y fait : à vingt-huit ans, tu ne fais plus partie de la société. Pour les uns, tu es une antiquité sujette à la bedaine. Pour les autres, tu restes un stagiaire exploitable et sous-payable. Tes parents te considèrent comme un gamin assez mature et responsable pour ne plus avoir besoin de leur argent. Tu es légèrement moins pauvre qu’avant mais tu paies des impôts. Tu paies des impôts mais tu n’as plus de tarif réduit au musée. Et, surtout, surtout, la SNCF refuse ton réabonnement à la carte 12-27.

Merci, le chat. © Le Chat

Merci, le chat. © Le Chat

Si ma vie a radicalement changé depuis que j’ai vingt-huit ans, c’est en très grande partie dû aux tarifs de la SNCF. Ne bénéficiant plus de réductions et n’étant toujours pas disposé à casser mon PEL pour faire un aller retour Paris-Rennes, j’ai (re)découvert les joies du covoiturage.

Être un écolo pauvre

De cette activité sociale, les louanges sont chantées aux quatre coins du monde : le covoiturage est un moment de partage convivial et écolo qui te permet de faire des économies. L’avantage financier est incontestable. La question du partage aussi, si tu aimes vivre à plusieurs de bien chouettes moments d’embouteillages dans un espace exiguë et plein à craquer.

Mais, si une voiture chargée est en effet plus écolo que quatre véhicules vides, un TGV à moitié plein consomme significativement moins d’essence que 137 automobiles comptant quatre personnes (ce calcul savant plein de mauvaise foi a été effectué à partir de la capacité d’une rame de TGV – 545 sièges – fois deux – car un train peut en cacher un autre – divisé par deux, donc fois un – «à moitié plein» – divisé par quatre – je n’ai pas compté les motos).

Enfin, à en croire tous ces joyeux hippies bouffeurs de quinoa bio, le covoiturage te permet de te faire des amis. Des amis, vraiment ?

Lors de mes nombreuses expériences de covoitureur (oui, oui, on dit covoitureur), j’ai eu l’occasion de voyager avec, entre autres :

  • Un candidat de Debout la France aux législatives en Ille-et-Vilaine ;
  • Un prof de fac qui écoutait exclusivement des podcasts de France Culture ;
  • Un gros kékosse qui écoutait exclusivement du R’n’B ;
  • Une conseillère Pôle Emploi en charge de l’offre à laquelle je venais de postuler ;
  • Un jeune musicien philosophe qui a ses quartiers dans le bar en bas de chez moi ;
  • Un supporter du FC Nantes ;
  • Un joyeux hippie bouffeur de quinoa bio ;
  • Un étudiant en cinéma aux blagues acerbes et hilarantes ;
  • Un mec qui connaît Pascal Praud ;
  • Une pote de ma cousine ;
  • Et (ceci est une estimation) un vieux puceau de cinquante ans.

Tous mes voyages ou presque se sont passés dans des ambiances des plus cordiales et joyeuses. Et, pourtant, je n’ai gardé contact avec aucune de ces personnes. Je dis ça, j’ai presque cinq étoiles sur BlaBlaCar.

Le covoiturage, bien que pratique, économe, sympa et que oui, je le recommande, reste en réalité la dernière solution. La plupart du temps, le train trace sa mère aux horaires prévus, pendant que tu te mets bien devant une série et fais semblant de recevoir un texto super important au moment où une scène de cul s’affiche sur ton écran à la vue de tous les autres passagers.

En voiture, les trajets sont longs et sujets aux ralentissements, tu n’as pas la main sur l’autoradio, tu te sens obligé de faire la conversation et le seul moyen d’en réchapper est de faire semblant de dormir.

Le covoiturage, c’est pour les écolos pauvres. Les écolos riches, eux, ils prennent le train.

Train surchargé en Inde

Solution alternative. © DR

Ponctualité relative

Le jour de mes vingt-huit ans, donc, la SNCF m’a rappelé que j’étais un écolo pauvre et m’oblige depuis à chercher des covoiturages pour aller célébrer l’anniversaire de papy ou assister à la crémaillère d’un pote. L’expérience parlant, je privilégie de plus en plus les trajets directs : plus le départ du covoit’ est loin de ma maison, moins j’ai de chances de le réserver.

Pour mon dernier rapatriement, j’ai même trouvé le Graal. La perle rare. Un trajet Paris – Bretagne Natale dont le point de départ se situait à 150 mètres de chez moi. Carrément.

Face à tant de temps gagné, c’est tout naturellement que je commence ma valise sept minutes avant l’heure effective du rendez-vous, et m’y pointe quatre minutes après.

«En retard, Thibaut ! me fait remarquer le conducteur en me serrant la main.
– Je sais, vraiment désolé», réponds-je dans un reflexe de bonne éducation, avant de me rendre compte qu’il aurait été presque plus légitime de lui sortir : «Heu alors bonjour, déjà ! Ensuite tu vas pas commencer à me casser les couilles pour quatre minutes alors que tu donnes un rendez vous en plein Paris en fin d’aprem’ ! C’est le principe même d’un rendez-vous dans Paris : que quelqu’un soit en retard. Et quatre minutes, ça tient du miracle ! Maintenant tu prends ma valise, tu conduis et tu la fermes, laquais !»

A la place de ça, je prends bien soin de ne pas préciser que j’habite dans l’immeuble juste là.

Il prend ma valise pour la mettre dans le coffre presque plein de son monospace. Je tâche de l’aider en tirant sur la plage arrière qui cède dans un CLAC inquiétant. «Aïe, j’espère que ce n’est pas cassé, dit-il. Ça m’embêterait vraiment, ça…» De nouveau, mes réflexes dépassent ma réflexion, et je m’excuse auprès d’un type qui ne m’a toujours dit ni bonjour, ni son prénom. Je passe doublement pour un guignol : la seule chose pire qu’un boulet, c’est un boulet désolé.

L’homme malpoli, bien portant, la petite soixantaine, porte un pull bleu marine par-dessus une chemise blanche. Il est accompagné de sa femme, une petite dame aux cheveux gris, courts et bouclés qui porte des lunettes rondes. Le couple parfait, quand on a soixante ans.

Ma valise chargée, on me désigne la place derrière le conducteur. Je tire sur la poignée d’un geste assuré. La portière coulissante coulisse difficilement. Je continue d’assurer mon geste. La portière continue d’ignorer mon assurance et de ne pas coulisser aussi vivement que je le lui demande. J’insiste une nouvelle fois dans l’aplomb de ma gestuelle tandis la portière persiste dans l’ignorance de ma requête, jusqu’à ce que mon nouvel ami me lance soudainement : «Ne forcez pas ! Elle est automatique !» Je lâche tout, lève les mains en l’air pour exprimer le signe universel signifiant que je ne toucherai plus à rien, et laisse la porte se déplacer seule avec la vigueur d’un paresseux sous sédatif.

Deux femmes sont déjà installées à l’arrière. Elles me sourient et me saluent. Assise au milieu, Diane, la quarantaine un peu coincée. A sa droite, Jacqueline, soixante-dix piges, lunettes de soleil, chapeau de couleur, bijoux qui cliquètent et voix de fumeuse. La reine du swag. Devant Jacqueline, la femme aux cheveux bouclés attache sa ceinture par-dessus son chemisier à fleurs en trépignant, visiblement pas fâchée de voir le départ s’amorcer enfin.

«Vous avez trouvé facilement ? s’inquiète-t-elle poliment, quoiqu’un peu tard, maintenant qu’on est tous là.
– Oui, avec le métro, dit Diane.
– Ma sœur m’a déposée», précise Jacqueline.

Il serait facile pour moi d’ignorer la question en faisant semblant d’être trop occupé à enlever mon manteau pour l’avoir entendue. Je pourrais aussi y répondre d’un vague «oui, oui» qui ne divulguerait ni mensonge, ni information. Mais là encore, ma bonne éducation et mon sens du relationnel me rattrapent et me poussent malgré moi à une honnêteté inutile et embarrassante.

«J’habite dans le coin ! dis-je en montrant la direction de mon immeuble. Je me retiens cependant juste à temps pour ne pas préciser que le coin dont il est question est celui de la rue.
– Christine travaille dans le quartier», dit le conducteur, non sans m’avoir préalablement jeté un œil accusateur à travers le rétroviseur.

Ce disant, notre amateur de monospace ne se contente pas de nous révéler l’anecdotique prénom de sa femme, qui n’avait par ailleurs pas jugé utile de se présenter, il nous explique surtout, de façon sous-jacente, comment ils ont choisi le point de rendez-vous. Malgré l’arrangeante proximité de la rencontre, je m’étais en effet interrogé : pourquoi se retrouver en plein Paris, dans une zone archi résidentielle, loin des grands axes et des sorties ? C’est vrai, ça, pourquoi pas une gare ou une porte, comme le fait l’immense majorité des autres conducteurs ? Parce que Christine travaille dans le quartier. Ben voyons ! Christine, cette petite bourgeoise qui préfère qu’on vienne la chercher dans son confort plutôt que se déplacer vers un coin qui arrange tout le monde. Christine la pimbêche qui, alors que sa valise attend tranquillement, posée depuis ce matin dans le coffre du monospace familial, ne va quand même pas prendre le métro pour quatre stations, rejoindre un endroit plus accessible, plus simple pour les autres, qui doivent traverser Paris les bras chargés. Ce serait trop contraignant ! Et puis après tout, on rend déjà service, hein, ils peuvent bien faire un effort ces gens ! On les connaît même pas et on les trimballe à l’autre bout de la France. J’espère d’ailleurs qu’ils seront à l’heure !

Il n’est pas étonnant de constater que c’est cet instant précis qu’a choisi l’once de culpabilité qui me rongeait encore pour disparaître complètement, sans même faire pouf.

Isabelle et Patrick Balkany

« Bonjour, vous venez pour le covoiturage ? » © Szwarc Henri/ABACA

« Non mais c’est pas vrai ! »

La voiture démarre enfin. Le conducteur nous prévient qu’il faudra dix à vingt minutes pour rejoindre le boulevard périphérique. Et qu’ensuite on sera vite sur l’autoroute, si on a de la chance. Jacqueline sourit. Elle semble rassurée d’être acheminée par un couple de personnes adultes et responsables. En effet, la réservation a été gérée avec Adélie, 26 ans, la fille de Christine et du monsieur dont je ne connais toujours pas le prénom. Si je comprends Jacqueline, de mon côté je ne suis que déception. Jusqu’à ce qu’Adélie me prévienne par texto qu’elle officie la réservation pour ses parents, je me préparais à voyager aux côtés d’une jolie nana de ma génération. Voire de la pécho, sait-on jamais. Bien sûr, l’accueil peu chaleureux qui m’a été réservé n’a fait qu’accentuer mon désappointement.

«Vous avez des très bon commentaires sur le site de Blablacar, fait remarquer Jacqueline à nos hôtes.
– Oui, j’ai vu ça aussi, confirme Diane, visiblement soulagée que quelqu’un d’autre se soit chargé d’ouvrir la conversation.
– Moi j’ai surtout remarqué que vous partiez de tout près de chez moi, plaisanté-je, avant de me promettre de cesser une bonne fois pour toute d’insister sur ce point.
– Le moteur fait un drôle de bruit, marmonne le conducteur dans son pull bleu marine.
– Ah oui ? C’est vrai qu’on a voyagé avec beaucoup de gens char-mants», raconte Christine aux deux femmes assises à l’arrière, sans m’adresser un regard.

J’ai presque l’impression de ne pas être dans cette voiture.

«Vous allez souvent à Saint-Brieuc ? demande Jacqueline.
– Oh non ! C’est la première fois. D’ailleurs on ne fait qu’y passer. On va à Brest, pour le weekend, voir une expo d’art moderne.»

Elle ne fait décidément aucun effort pour que je cesse de les juger.

«Et vous ? poursuit Christine.
– C’est étrange ce bruit quand même, s’interroge son époux.
– Je vais rendre visite à ma sœur, sourit Jacqueline, qui semble donc avoir plusieurs sœurs.
– Je rentre pour l’anniversaire de mon père, précise Diane, qui semble donc avoir un père.
– Et moi pour celui de mon cousin, dis-je à mon tour, alors que visiblement tout le monde s’en tape.
– C’est grâce aux commentaires que j’ai réservé ce trajet, indique Jacqueline. C’est mon premier covoiturage, je n’étais pas très confiante au début.
– Oh moi aussi c’est mon premier covoiturage ! s’extasie Diane.
– Je ne comprends pas d’où peut venir ce bruit, monologue l’homme devant moi.
– Ah bon ? demande Christine sur un air niais et faussement intéressé.
– Oui, les trajets en train sont devenus beaucoup trop chers, assène Jacqueline.
– Beaucoup trop, confirme Diane.
– Je ne suis pas rassuré, s’inquiète le conducteur.
– Vos commentaires sont rassurants. Ils disent que vous conduisez bien, pas trop vite et que les trajets sont agréables, continue Jacqueline.
– On essaie, se félicite Christine, pas peu fière.
– C’est vrai que c’est important, dit Diane. Il y a tellement de conducteurs étourdis sur les routes.
– OH JE SAIS ! J’ai mis de l’essence !» s’exclame le conducteur.

Un silence gênant gagne soudainement l’habitacle. Après quelques secondes de stupeur, Christine prend un ton menaçant et demande enfin :

«Pardon ?
– Ah oui, oui, oui. C’est ça. J’ai fait le plein avec de l’essence.
– Dis-moi que tu plaisantes, Hubert ! ordonne Christine sèchement, me révélant – enfin – le prénom de son mari.
– Ah non, j’ai mis de l’essence, désobéit-il.
– DIS-MOI QUE TU PLAISANTES, HUBERT ! insiste-t-elle.
– C’est à cause du scooter ça, j’ai mis de l’essence dedans ce matin et là avec la voiture j’ai fait pareil. Oh la tuile !
– Non mais c’est pas vrai ! MAIS C’EST PAS VRAI !»

A l’arrière, polis et diplomates, mais surtout parce que nous sommes complètement sidérés, nous restons silencieux. C’est Jacqueline qui, une fois de plus, finit par briser la glace :

«Ah ça, de l’essence dans un moteur diesel, ça pardonne pas !»

Nous n’avons roulé que quelques centaines de mètres quand la voiture s’arrête devant un garage automobile.

«Non mais c’est foutu, raisonne Jacqueline, il va falloir vidanger et peut-être laver le moteur. On ne pourra pas repartir avant quelques heures.
– Ils vont peut-être pouvoir faire quelque chose, espère toutefois Hubert.
– C’est foutu je vous dis !»

Jacqueline déborde de swag. C’est ma préférée.

Le garagiste confirme qu’il ne peut rien faire, qu’il faut voir avec l’assurance. Christine prend son téléphone. Hubert, sincèrement désolé, ressasse son histoire de scooter comme pour se trouver une excuse. Il en faut plus pour émouvoir Mamie Swag, qui saute dans un taxi rejoindre la gare Montparnasse, sans oublier de préciser : «Non mais franchement ! Je n’ai jamais vu ça !»

Avec Diane, nous attendons le verdict de l’assurance, qui tombe quelques minutes plus tard. Il faut rapatrier le véhicule chez un concessionnaire afin de vidanger le réservoir et de laver le moteur. Le voyage est annulé.

Diane prend le métro et rentre chez elle, énervée. Elle partira demain, elle trouvera un moyen. De mon côté, je rentre chez moi à pieds pour chercher un autre covoiturage. Il y en a un qui part dans deux heures de la gare RER de Cergy-Pontoise. Arrivée à Saint-Brieuc à 00h45.

J’ai pris le train. Je ne vais quand même pas voyager comme un pauvre. J’ai 28 ans, merde !

Le covoiturage de mes rêves.

Le covoiturage de mes rêves.

Photo une : © Capture d’écran de 20minutes.fr

Une réflexion sur “Faux départ

  1. Excellent ! Mais je vais etre enretard ! Ta vieille tante a rv pour un covoit pour s broc ! Je vais penser a toi ! Et surtout surveiler mes commentaires. ..

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