Et les oiseaux, bordel ?

C’est en sortant du ciné l’autre soir que je me suis rendu compte qu’on avait un vrai problème.

Je suis allé voir American Honey, avec une amie. Un film qui retrace l’épisode de vie d’une jeune Américaine paumée, abandonnée par sa famille et la société, qui parcourt les Etats-Unis avec un groupe de gosses de 18 ans, paumés eux aussi, pour vendre des magazine en porte-à-porte.

Sur bien des aspects, c’est un film marquant et à voir. Un film qui traite brillamment de société, de pauvreté, d’inégalités et de féminisme. Mais j’ai trouvé que ce film parlait aussi beaucoup d’écologie.

Le problème, c’est que j’étais le seul à le penser.

Une piscine au milieu du désert

En sortant de la salle, notre débrief  a donné la part belle à ce portrait profond et intense d’une population d’oubliés, qui a cessé de vivre pour commencer à survivre. Mais parmi nos différences de ressenti est vite arrivée celle de la question écolo. Ma pote y a vu zéro allusion.

Est-ce que j’aurais choisi de voir ce message ? Non. En me repassant les images du film, je vois encore toutes ces évocations au changement climatique, à la surconsommation et aux problèmes environnementaux. Plus j’y pense, plus c’est limpide.

Cette question est traitée à travers les personnages, principaux et secondaires. Ceux qui ont une piscine au milieu du désert, ceux qui gagnent grassement leurs vies dans les puits d’extraction de pétrole, ceux qui pataugent dans un parterre de pelouse inondé du sang rejeté par l’abattoir tout proche. Mais aussi à travers les familles pauvres, oubliées, qui mènent une vie déplorable (faute de moyens, d’aide et de choix) et vivent littéralement au milieu des déchets.

Tous ces personnages sont un fléau pour l’environnement. Pourtant, quand ils libèrent une grenouille dans son écosystème, s’émeuvent du ballet de chevaux enfermés dans un enclos ou, tout simplement, contemplent un joli paysage, ils prouvent qu’ils sont non seulement attachés à cet environnement, mais aussi (et surtout) qu’ils en font partie.

Il ne s’agit pas d’un film militant, mais d’une oeuvre qui replace, sans prétention, l’environnement au sein de la société. C’est aussi une oeuvre qui montre qu’une bonne partie de la population, et pas seulement la plus démunie, n’a pas conscience qu’elle est en train de détruire son habitat.

Sasha Lane, dans American Honey, s'apprêtant à jeter un mégot parterre et ne pas payer 68 € d'amende.

Sasha Lane, dans American Honey, s’apprêtant à jeter un mégot par terre et ne pas payer 68 € d’amende.

Sauf que le réel problème n’est pas ce constat, pourtant alarmiste. Le vrai problème, c’est que ma pote, diplômée, salariée, jeune, insérée dans une société développée et pas spécialement stupide, n’est pas assez sensibilisée à la question écologique pour en recevoir le message. Et elle n’est pas un cas isolé. Rien que dans mon entourage, je pourrais citer des dizaines d’exemples : une collègue qui va en voiture au travail alors qu’elle habite à quinze minutes de métro, mon employeur qui chauffe tellement les bureaux qu’on est obligé d’ouvrir les fenêtres, mon coloc qui se sent sale s’il n’a pas pris deux douches par jour… Moi même, je fais la morale mais je ne suis ni militant écolo, ni adepte des sarouels. Je suis juste un mec comme les autres, un poil plus beau. Je trie mes déchets, j’achète des légumes de saison (quand j’achète des légumes), mais ça s’arrête à peu près là.

Comment nous en vouloir ? Nous sommes tous conscients de la réalité du changement climatique, de la surconsommation, de la pollution des airs et des mers, mais nous oublions chaque jour que c’est une priorité. Parce que personne ne nous le rappelle.

Problème d’éducation et de sensibilisation

L’écologie, on n’en parle aujourd’hui que dans l’observation des stratégies politiques. Est-ce que Macron va l’utiliser pour essayer de séduire un nouvel électorat1 ? Est-ce que Hamon et Jadot vont s’allier autour d’un projet commun ? Ce sont moins les propositions qui sont analysées que l’exploitation de l’écologie dans la communication politique.

Quand tu apprends que tu as fait un meilleur score que l'écologie à la primaire de la droite et du centre.

Quand tu apprends que tu as fait un meilleur score que l’écologie à la primaire de la droite et du centre. © franceinfo

Et la droite n’en parle jamais. Dans l’ensemble des débats à la primaire de novembre, l’écologie a été abordée pendant 7 minutes sur 5702, soit 1,22 %. Ce qui est inférieur au score de Jean-Frédéric Poisson (1,4 %). Sans déconner, les gars !

On le sait, la sauvegarde de l’environnement est liée à la société, à l’emploi, à l’économie, aux inégalités. Des tas d’études s’y intéressent, et ça ne date pas d’hier. La plus optimiste prévoit la création d’un million d’emplois3, notamment dans les banlieues sensibles, où les jeunes pourraient être formés à l’isolation énergétique de vieux bâtiments.

L’écologie est au dessus des guérillas politiques et ne doit plus être associée à une couleur. Cette question dépasse les désaccords entre gauches et droites et doit être placée au centre du débat présidentiel. Elle doit devenir une problématique première, majeure et inévitable.

Ce FAKE LOGO ne signifie pas que l'emballage sur lequel il est imprimé est recyclable.

Ce symbole ne signifie pas que l’emballage sur lequel il est imprimé est recyclable. FAKE LOGO !

Car aujourd’hui, une élection présidentielle ne concerne plus seulement l’humain, le travail et la société. Elle concerne aussi les forêts, les abeilles, les ours et les oiseaux. On est en 2017, et les alertes des scientifiques ont déjà fait place aux problèmes qu’elles annonçaient.

Alors qu’est-ce qu’on attend pour se sortir les doigts, une bonne fois pour toutes ? Qu’est-ce qu’on attend pour instaurer une éducation obligatoire, pour faire de l’écologie une matière fondamentale à l’école, pour apprendre aux élèves de primaire à planter des carottes et à consommer local, pour surtaxer les multinationales polluantes, pour interdire le Nutella, les commodes Ikea4 et tous ces produits responsables de déforestation, pour virer ce logo de merde des emballages et simplifier le tri sélectif ?

Marginaliser les climato-sceptiques (et les fachos)

L’attention du public est constamment détournée vers des problèmes secondaires. Immigration, port du voile, blessure de Marco Verratti, nichons de Kim Kardashian… Je rêve qu’un jour, ces sujets méritent l’attention qu’on leur porte. Cela voudrait dire qu’on n’a pas de problème plus important à gérer. Or, ce n’est pas le cas. La fonte des glaces a atteint des niveaux records5, et on en est arrivé au point de devoir choisir quelles espèces animales sauver de l’extinction6 ! Ça ne vous fait pas peur à vous ?

Attention image sensible. Ne pas montrer aux enfants (sauf s'ils sont analphabètes, là ça va).

Attention image choquante. Ne pas montrer aux enfants (sauf s’ils sont analphabètes, là ça va).

Mais comme ces sujets ne sont presque jamais abordés dans les espaces les plus grand-public des médias (en une du Monde, en ouverture du JT de Pujadas, entre deux interviews de Florian Philippot sur BFM), on minimise leur importance, et les “puissants” ne se creusent pas beaucoup le citron pour trouver des solutions. Les politiques et décisions liées à l’environnement sont rares, timides et entachées de compromis.

Rester le cul entre deux chaises n’est pas une bonne stratégie. C’est ce que fait François Fillon et il va faire perdre la présidentielle à son parti politique. C’est ce que fait Emmanuel Macron et il finira par décevoir au mieux une partie de ses soutiens, sinon la quasi-totalité.

Il est grand temps que ça bouge.

Comment ? C’est aux scientifiques d’informer les responsables politiques pour qu’ils prennent des décisions fortes et nous guident efficacement. Les premiers ont fait le job, reste à réveiller les seconds.

Du coup on vote vert ? Pas stratégique. On mange bio ? Pas efficace. On trie nos déchets ? Pas suffisant. On en parle ? Oh que oui !

Tous les jours, tout le temps. On en parle. On radote. On rabâche. On tweete. Ecologie, éducation, économie locale. On ne parle que de ça. On éveille les consciences. On explique à ceux qui ne savent pas. On marginalise les climato-sceptiques. On convainc les fachos. On ridiculise Donald Trump. On arrête de parler d’immigration, d’identité, de sécurité et on remplace tout ça par des valeurs démocratiques et des problématiques réelles et urgentes. On se remet à vivre ensemble, pour et avec notre écosystème.

C’est à nous de ne plus jamais oublier que c’est une priorité.

C’est à nous de penser un peu aux oiseaux7, bordel !

 

 

« Vous êtes plutôt Macron de gauche ou Macron de droite ? » – Libération – 20/02/2017
« Sur 570 minutes de débat à la primaire de droite, 7 ont été consacrées à l’écologie ! » – WeDemain – 01/12/2016
« La transition écologique créera un million d’emplois, annonce un rapport » – Reporterre – 12/01/2017
«  »Cash Investigation ». Razzia sur le bois » – Franceinfo – 24/01/2017
« Fonte record des glaces de l’Arctique : 20° C de plus que la moyenne saisonnière » – La Voix du Nord – 25/11/2016
« Doit-on vraiment sauver toutes les espèces menacées ? » – Le Monde – 09/02/2017
Sauf aux pigeons, c’est des putes.

Image à la une : © Benoît Danieau

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